Carnet de terrain · Les villes
Le guide des villes : où l’on croise vraiment les grandes fortunes
Chaque grande ville a deux cartes : celle qu’on photographie le samedi soir, et celle où l’on revoit les mêmes visages le mardi midi. Ce guide donne la seconde, pour sept villes : les quartiers où l’on vit, quelques adresses où l’on revient, et le cliché à éviter. Il a été écrit en 2026 ; vérifiez chaque adresse avant de réserver.
Avant les adresses
Revenir plutôt que se montrer
Un lieu où l’on va une fois est un décor ; un lieu où l’on revient tous les jeudis devient un cercle. Les adresses de ce guide sont des déjeuners de semaine, des bars d’hôtel, des salles des ventes, des clubs : des endroits où les mêmes personnes reviennent, et où l’on finit par vous saluer. Les rooftops et les clubs de nuit, eux, sont pleins de gens qui en regardent d’autres.
Vérifier avant de réserver
Ce guide date de 2026. Les restaurants changent de chef ou de propriétaire, les clubs « lifestyle » ouvrent et ferment vite. Avant d’y aller, appelez ou consultez le site : l’adresse existe-t-elle toujours, sous la même direction ? Citer avec assurance un lieu fermé depuis deux ans en dit plus long sur vous que n’importe quelle tenue. Le principe, lui, ne change pas.
Les cercles s’ouvrent sur présentation
Les clubs privés mentionnés ici ne se rejoignent pas en remplissant un formulaire. On y entre parce qu’un membre vous y invite, puis vous y présente. S’ils figurent dans ce guide, c’est pour que vous sachiez de quoi l’on parle le jour où quelqu’un vous dit, sans plus de précision : « on dîne au club ».
Paris
Une carte des beaux quartiers qui n’a presque pas bougé depuis des décennies, beaucoup de concurrence, et une règle simple : Paris se pratique au déjeuner, pas en terrasse.
Où l’on vit
Le 7ᵉ (Gros-Caillou, Invalides, Saint-Thomas-d’Aquin) et le 16ᵉ (Passy, la Muette, Auteuil) restent les adresses de l’argent installé. Le 6ᵉ, autour de Saint-Germain et de l’Odéon, réunit l’art, l’édition et les vieilles familles ; le 17ᵉ, côté Monceau et Wagram, les familles ; le 8ᵉ est surtout fait de bureaux et d’hôtels. Hors les murs : Neuilly, Saint-Cloud, Versailles. L’argent plus récent de la tech et de l’art s’est installé dans le Marais, dans le 9ᵉ autour de la Nouvelle Athènes, et depuis peu à Saint-Ouen.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| Déjeuner de semaine | Le Voltaire, sur le quai du même nom, dans le 7ᵉ · Chez Georges, rue du Mail, une petite salle où l’on finit par connaître les habitués · Le Stresa, l’italien des bureaux et des familles du 8ᵉ |
| Un verre | Le bar Hemingway, au Ritz · le bar du Bristol · Les Ambassadeurs, à l’hôtel de Crillon |
| Culture et enchères | Drouot, dans le 9ᵉ, dont les expositions sont ouvertes à tous chaque jour · Christie’s et Sotheby’s, rue du Faubourg-Saint-Honoré · les galeries de la rue de Seine et de l’avenue Matignon |
L’Avenue, Costes, le Flore et les Deux Magots à 15 h, les rooftops « avec vue », les Champs-Élysées dans leur ensemble : on y voit surtout des gens qui regardent passer d’autres gens. Le brunch du dimanche dans le Marais relève du même registre. Quant au bois de Boulogne, le week-end, c’est un lieu de familles ; en semaine, tôt le matin, c’en est un autre.
Le bon moment : De septembre à décembre, puis de mars à juin. Août est vide : c’est le seul mois où l’on peut apprendre la ville sans hâte.
Londres
Une ville de déjeuners et de clubs, où une salle dont la carte n’a pas changé depuis trente ans vaut mieux que la table dont tout le monde parle.
Où l’on vit
Mayfair et Belgravia accueillent les fortunes internationales ; Chelsea et South Kensington, les familles ; Notting Hill, la finance et les médias, plutôt du côté de l’argent récent. Hampstead garde le vieil argent intellectuel. Holland Park, puis Richmond et Barnes, complètent la carte des familles, souvent avec chien. Knightsbridge et Regent’s Park concentrent une part de l’argent russe et du Golfe.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| Déjeuner | Scott’s, sur Mount Street, le déjeuner de Mayfair par excellence · The Wolseley, sur Piccadilly, pour le petit-déjeuner d’affaires · Wiltons, sur Jermyn Street, ouvert depuis 1742 |
| Un verre | Le Connaught Bar · le bar de Claridge’s · le Dukes Bar, à St James’s, pour son martini |
| Culture et enchères | Christie’s, sur King Street, et Sotheby’s, sur New Bond Street · les galeries de Cork Street et de Mayfair · Frieze, chaque mois d’octobre |
Sexy Fish, Nobu Park Lane, les clubs de Mayfair à une heure du matin : beaucoup de visiteurs, presque aucun habitué. Le pub de quartier, en revanche, est un vrai lieu, à une condition : que ce soit celui du quartier où vous vivez.
Le bon moment : La « season », de mai à juillet (Chelsea Flower Show, Ascot, Wimbledon, Henley), puis de septembre à novembre. Août est mort, décembre se passe en famille.
Milan
Une ville de déjeuners et de dîners privés : les vraies adresses sont souvent des appartements, et les week-ends se passent ailleurs.
Où l’on vit
Brera pour l’art, la mode et un argent élégant ; le Quadrilatero et la via Borgonuovo pour les grandes fortunes ; Magenta et Sant’Ambrogio pour les vieilles familles ; Porta Nuova et CityLife pour l’argent récent, Porta Romana en complément. Le week-end, on retrouve les mêmes visages au bord du lac de Côme, à Forte dei Marmi ou à Portofino.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| À table | Giacomo, via Sottocorno, l’institution · Il Salumaio di Montenapoleone, le déjeuner du monde de la mode · Bice, via Borgospesso |
| Un verre | Le Bar Basso, où la mode et le design se retrouvent depuis 1967 · le Camparino in Galleria, l’aperitivo historique · le jardin du Bulgari Hotel |
| Les rendez-vous ouverts | Le Salone del Mobile, en avril, quand la ville entière reçoit · les semaines de la mode de février et de septembre, à condition d’y avoir une raison professionnelle |
L’aperitivo des Navigli, les rooftops de Porta Nuova, les défilés regardés depuis le trottoir sans invitation. On y voit Milan ; on n’y entre pas.
Le bon moment : Février et septembre pour la mode, avril pour le design, et les week-ends d’automne au bord du lac.
Genève
Une ville qui ne se pratique pas le soir : elle se vit au déjeuner, au golf, sur le lac et dans les salles de conférence.
Où l’on vit
Cologny, sur la rive gauche du lac, est la commune des grandes fortunes ; Champel, Vandœuvres, Collonge-Bellerive, la Vieille-Ville et les Eaux-Vives complètent la carte. Côté France, Divonne et le pays de Gex accueillent des frontaliers aisés. Plus loin sur le Léman, Lausanne et La Côte (Nyon, Rolle, Morges) réunissent la banque privée et les familles.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| À table | Le Lion d’Or, à Cologny, pour sa terrasse et ses habitués de toujours · le Café du Centre, place du Molard, institution des poissons · la Brasserie Lipp de Genève, le déjeuner des avocats |
| Un verre | Le bar des Bergues · la terrasse de La Réserve, l’été · le bar du Mandarin Oriental |
| Le lac et les enchères | La Société Nautique de Genève, qui organise le Bol d’Or en juin · les expositions des ventes de joaillerie et d’horlogerie de Christie’s, Sotheby’s et Phillips, en mai et en novembre, ouvertes à tous |
Le Jet d’eau, les quais le dimanche, les bars à cocktails du centre : c’est la Genève des visiteurs. Celle qui compte se retrouve à midi, sur l’eau ou sur un parcours de golf.
Le bon moment : Toute l’année, sauf août : janvier pour Art Genève, avril pour l’horlogerie, juin pour le Bol d’Or, et l’hiver pour les week-ends de ski, à une heure de route.
New York
On croit que New York se joue le soir. Elle se joue au petit-déjeuner, au déjeuner, et dans les conseils d’administration des musées.
Où l’on vit
L’Upper East Side, entre Park Avenue et la Cinquième, reste le quartier du vieil argent. Tribeca rassemble la finance et le cinéma, le West Village les médias et l’art, Brooklyn Heights les familles ; ceux qui sont partis vivent à Greenwich ou dans le Westchester. L’été se passe dans les Hamptons : Southampton pour le vieil argent, East Hampton et Amagansett pour le nouveau, Sag Harbor pour ceux qui trouvent les autres trop voyants.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| Petit-déjeuner et déjeuner | Sant Ambroeus, sur Madison, l’institution du quartier · Le Bilboquet, dans l’Upper East Side, au déjeuner · Balthazar, à SoHo, au petit-déjeuner |
| Un verre | Le Bemelmans Bar, au Carlyle, pour le piano · The Campbell, dans Grand Central · le bar de The Mark |
| Culture et enchères | Christie’s au Rockefeller Center et Sotheby’s sur York Avenue · les galeries de Chelsea et de l’Upper East Side · les galas du Met, du MoMA et de la Frick |
Les rooftops du Meatpacking District, les clubs de Chelsea, le brunch, Times Square, et la conviction que tout se décide la nuit. À 7 h 30, dans les bonnes adresses, la ville est déjà au travail.
Le bon moment : De septembre à décembre, saison des galas et des ventes d’automne, puis d’avril à juin. L’été, tout le monde est dans les Hamptons, du jeudi au lundi.
Monaco
La ville que tout le monde imagine, et celle où la concurrence est la plus forte : on y vient pour un événement, pour le sport ou sur invitation, pas pour y bâtir une stratégie.
Où l’on vit
Le Carré d’Or et Monte-Carlo, autour du Casino et de l’Hôtel de Paris ; Larvotto, entre la plage et les nouvelles tours ; Fontvieille pour les familles ; La Condamine autour du port Hercule. Beaucoup de ceux qu’on croit monégasques vivent en réalité de l’autre côté de la frontière : Roquebrune-Cap-Martin, Beaulieu, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Èze.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| À table | Maya Bay, la table de semaine · le Beefbar, à Fontvieille, sur le port · La Réserve de Beaulieu, côté Cap-Ferrat |
| Un verre | Le Bar Américain de l’Hôtel de Paris · le bar de l’Hermitage |
| Clubs et sport | Le Yacht Club de Monaco, véritable centre de la Principauté, sur parrainage · le Monte-Carlo Country Club, pour le tennis · les Thermes Marins, où l’on se croise le matin |
Le Sass Café, Jimmy’z, Twiga, le port pendant le Grand Prix, et l’idée qu’il suffirait de s’installer à Monaco, sans y travailler, pour y rencontrer quelqu’un.
Le bon moment : Avril pour le tennis, mai pour le Grand Prix (sur invitation, jamais en tribune payante), septembre pour le Yacht Show, et l’hiver, quand la Principauté redevient un village.
Dubaï
La ville où le patrimoine se montre le plus et se vérifie le moins. On s’y rencontre le matin et à midi, jamais la nuit.
Où l’on vit
Jumeirah et Umm Suqeim pour les villas et les familles ; Emirates Hills pour les grandes fortunes et le golf ; Dubai Hills et Al Barari pour les familles aisées ; Palm Jumeirah pour l’argent qui se voit. DIFC, le centre financier, est l’endroit où l’on déjeune ; Downtown et la Marina accueillent surtout de jeunes cadres.
Où l’on va
| Catégorie | Adresses |
|---|---|
| Déjeuner d’affaires | La Petite Maison et Zuma, à DIFC · Tashas, à Al Barari, le déjeuner des familles |
| Le week-end | Le brunch du samedi dans les grands hôtels, véritable institution sociale de la ville · le bar du Bulgari, à Jumeira Bay, le plus discret |
| Culture et cercles | Art Dubai, en mars · les galeries d’Alserkal Avenue · l’Arts Club Dubai, à DIFC, branche du club londonien |
Nusr-Et, les tours de la Marina, les beach clubs de Palm Jumeirah le vendredi soir, et à peu près tout ce que l’on voit de Dubaï sur les réseaux sociaux.
Le bon moment : D’octobre à avril. L’été est d’une chaleur écrasante, et la ville se vide.
L’été, l’hiver : les mêmes règles, d’autres adresses
Chaque destination de vacances existe deux fois : de 8 h à 19 h, pour ceux qui y passent l’été depuis des décennies, et de 22 h à l’aube, pour ceux qui viennent les regarder. Seule la première compte. L’été, cela veut dire les villages et les criques plutôt que le port : Ramatuelle et Gassin plutôt que le quai de Saint-Tropez, le nord et l’intérieur d’Ibiza plutôt que ses clubs, Anacapri plutôt que la Piazzetta, Comporta, où presque tout se passe dans les maisons. Et toujours juin ou septembre, jamais août.
L’hiver, le calendrier change, pas l’esprit : Courchevel, Gstaad, Saint-Moritz, Verbier ou Megève se pratiquent en janvier et en mars, en semaine, hors vacances scolaires, avec un cours le matin et le déjeuner d’altitude à 13 h. La même station, pendant les vacances de février, est une cour de récréation. Entre les deux saisons, les régates, le polo et les ventes de yearlings restent les rares rendez-vous de vacances où ces hommes viennent sans leur famille.
Dans la formation, le module 8, « Le Terrain », donne la liste complète, ville par ville et station par station, datée et à vérifier, avec un exercice pour choisir vos deux adresses et le rythme auquel y revenir.
Questions fréquentes
Où rencontrer un homme fortuné à Paris ?
Moins dans les lieux qu’on photographie que dans ceux où l’on revient. Les déjeuners de semaine (Le Voltaire, Chez Georges, Le Stresa), les bars des grands hôtels et les expositions de Drouot réunissent chaque semaine les mêmes personnes. Choisissez deux adresses, un jour fixe, et revenez pendant plusieurs mois : c’est la régularité qui fait qu’on vous reconnaît. Les rooftops et les Champs-Élysées n’en font pas partie.
Faut-il aller à Monaco pour rencontrer un homme aisé ?
Pas pour s’y installer. La Principauté concentre beaucoup de fortunes, mais aussi beaucoup de concurrence, et bon nombre de ceux qu’on y croit vivent à Beaulieu, au Cap-Ferrat ou à Roquebrune. On y vient pour un événement (le tournoi de tennis d’avril, le Yacht Show de septembre), pour le sport, ou parce qu’on y est invitée. L’hiver, quand la ville redevient un village, est le moment le plus naturel.
Dubaï est-elle une bonne ville pour rencontrer un homme fortuné ?
Surtout pour qui y vit ou y travaille. C’est la ville où le patrimoine s’affiche le plus et se vérifie le moins : la prudence y est de mise. Les vrais lieux sont les déjeuners d’affaires de DIFC, le golf le matin, le brunch du samedi dans les grands hôtels et Art Dubai, en mars. La nuit, les beach clubs et les tours de la Marina relèvent du décor.
Comment entrer dans un club privé à Paris ou à Londres ?
On n’y entre pas en s’inscrivant. Ces cercles fonctionnent par présentation : un membre vous invite, vous revenez comme invitée, puis il vous parraine. Le chemin le plus naturel passe donc par des lieux ouverts (une association, une salle des ventes, un club de sport) où vous rencontrez des membres. Une candidature spontanée ou une demande à l’accueil n’ouvre, en général, aucune porte.
Quelle est la meilleure période pour Saint-Tropez ou Courchevel ?
Pour Saint-Tropez, juin et la fin septembre, pendant Les Voiles, quand les propriétaires sont là et que les équipages dînent en ville. Pour Courchevel, janvier et mars, en semaine, hors vacances scolaires. Août sur la Côte et les vacances de février à la montagne sont les deux périodes à éviter : du monde partout, des groupes déjà constitués, et presque personne à qui parler.
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